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Phoques : 20-08-2013 (Animations-Sorties)

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Petit compte-rendu de la sortie "Observation des phoques",

Le Touquet, 20 août 2013

 

Le beau soleil annoncé pour ce mardi 20 août n'est pas encore tout à fait au rendez-vous à 9h30 mais une quarantaine de personnes ont répondu à l'invitation du GDEAM à venir à la rencontre des phoques en Baie de Canche. Le temps de constituer le groupe,d'y agréger quelques retardataires, et nous-voilà partis sous la bienveillante direction de Jean-Claude, un des animateurs du GDEAM, pour une immersion dans la nature deux heures durant.

Groupe observant les animaux depuis la "corniche" du Touquet

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Phoque veau-marin ou phoque gris...

Les observateurs munis de jumelles ont craint d'être arrivés trop tard sur la corniche du Touquet, la mer montante ayant déjà chassé les phoques de leur banc de sable. Un d'entre eux s'était néanmoins attardé et se mit à l'eau à notre arrivée. Une fois l'animal repéré, on put suivre sa trace et ses allers et retours nonchalants entre les balises du chenal et le zodiac de deux pêcheurs, qui semblaient fort bien s'accommoder de sa présence.

Phoque gris et phoque veau-marin se partagent la vedette sur notre littoral. En dépit d'une certaine distance, la tête arrondie, le front, les grands yeux ronds et foncés, le court museau et les narines en forme de V nous indiquent qu'il s'agit d'un veau-marin. Le relatif contre-jour et le scintillement de l'eau empêchent de bien percevoir le pelage brun-gris et les tâches foncées également caractéristiques.

 

Ce passage par la corniche est aussi un temps d'introduction face au paysage de l'estuaire et sa rive nord (réserve naturelle de baie de Canche). Pour certains, comme la petite Ange, c'est aussi un temps d'apprentissage car regarder avec les jumelles demande un peu de doigté qu'il faut acquérir. C'est ainsi qu'on put entendre la petite fille de 9 ans désespérer de parvenir à voir le fameux phoque dans ses oculaires. Il faut dire qu'Ange et sa famille avaient fait le déplacement des alentours de Boulogne-sur-Mer pour voir des phoques EN VRAI. Sa détermination à voir dans ces fichues jumelles a été récompensée un peu plus tard et sa ténacité vaut bien un hommage dans ces quelques lignes.

 

Ce premier phoque s'en va vers Etaples tandis que les participants échangent avec l'animateur qui explique progressivement, documents à l'appui, comment reconnaitre les différentes espèces, leurs vie et mœurs, la genèse des effectifs depuis le XIXème siècle, les causes d'une disparition massive et celles du renouveau actuel... La protection rigoureuse dont jouissent les phoques a permis une reconstitution progressive des populations sur la côte picarde.


A quand une population sédentaire de phoques en Baie de Canche ?

La Baie de Canche n'a pas à ce jour la chance (oui "chance" car la présence des phoques est l'expression d'un milieu naturel qui se porte écologiquement bien) de voir un population sédentaire de phoques, les conditions d'une reproduction n'étant pas réunies comme c'est le cas en baie d'Authie ou en Baie de Somme. Des individus la visitent pourtant régulièrement et s'y introduisent, notamment à marée montante.

Notre immersion dans la nature se poursuit sur le Banc du Pilori (poulier sud de l'estuaire de la Canche). En prenant soin de ne pas déranger le reposoir d'oiseaux (la marée finira par le déloger plus tard), nos observateurs avancent vers la mer, observent une tête, puis deux, puis trois... Quelle surprise pour les non-initiés que nous sommes de voir les phoques s'approcher du rivage sans aucune crainte apparente. Il est cocasse de voir la masse gris-noir de l'animal paraissant glisser sur l'eau qui pénètre avec force en baie. Cette fois, le pelage sombre, le museau en pointe, les narines parallèles... ne laissent pas de doute, il s'agit d'un phoque gris.

Un phoque gris proche du rivage

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Les individus qui nous font face se jouent de notre présence. Un d'entre eux s'approche du rivage si prés que les jumelles deviennent quasi-inutiles.

La petite Ange est euphorique. Enfin finis les problèmes techniques ! Les phoques tant espérés sont devant elle, à portée de vue. L'enthousiasme des adultes est à peine plus contenu que celui des enfants. Tous se prennent à jouer à anticiper la localisation de l'émersion. La longue-vue s'avère délicate à utiliser de si prés mais le gros plan sur les yeux est impressionnant lorsque le sujet prend quelques secondes de pose involontaire.

Un chien paisible, étranger au groupe, semble partager la même curiosité que les humains pour ces animaux.

Curiosité animale réciproque ?

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Les phoques, des animaux sauvages et curieux...

Il est difficile de croire qu'ils puissent spontanément être agressifs. Certains participants se font l'écho de lectures de presse récentes qui faisaient état d'attaques répétées contre un pêcheur à pieds. Notre guide, qui semble bien connaître son sujet, et les propres observations du groupe, ne donne aucun crédit à ces affirmations. En revanche, il rappelle que les phoques sont des animaux sauvages qu'il convient de ne pas confondre avec de grosses "peluches". Il convient de se méfier de leurs réactions et de ne pas chercher de contact direct ni de les agacer.   


Les oiseaux ...

L'attrait de la baie ne s'arrête pas aux seuls phoques même si c'est le sujet du jour. Dans le ciel passent, en effet, une spatule blanche, une nuée de goélands, de mouettes, des formations d'huitriers, de chevaliers, de courlis ... La mer continue sa progression et les oiseaux abandonnent tour à tour les bancs de sable pour se réfugier en haut de plage, en fond de baie ou tout simplement glaner à manger là où la mer n'est pas encore arrivée. Les cris stridents des sternes, qui s'affèrent à la pêche, accompagnent nos observations. Vers l'intérieur de la baie, hors la réserve de chasse maritime, quelques détonations de coups de fusils rappellent que la chasse au gibier d'eau est ouverte et qu'il ne fait pas bon s'aventurer trop profondément en baie de Canche quand on porte des plumes et qu'on tient à la vie...

Phoque gris femelle, grise avec des taches sombres.

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Avec la marée montante, les phoques désertent la baie...

La baie finit par être envahie. Le banc du Pilori se rétrécit vite, tant en largeur qu'en longueur. Inexorablement, les promeneurs refluent en réponse au flux de la marée. Paradoxalement, les phoques ne profitent pas longtemps de cet élargissement de leur espace vital. En effet, la marée haute est aussi le temps d'une autre marée : la marée humaine qui se profile sur l'eau le temps propice à la navigation. Les centres nautiques du Touquet et d'Etaples et le port d'Etaples livrent rapidement à la mer leurs embarcations à voile ou motorisées. Comment les phoques vivent-ils cette effervescence ? La régularité de leur visite ne rend pas inquiet. Il semblerait néanmoins que certains des individus sous nos yeux aient repris le chemin de la mer plutôt que celui de l'estuaire suite au passage répété de petits bateaux de plaisance mais peut-être n'est-ce qu'une coïncidence.

Le banc du Pilori recouvert en grande partie par la marée (fin de visite).

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En attendant que la mer nous chasse du Pilori, les questions des participants pleuvent et notre guide, sans sensiblerie ni mièvrerie, ce qui fait la force de son propos, ne se lasse pas d'apporter réponses et illustrations aux unes et aux autres :

-Quelles différences avec une otarie ?

-Comment font-ils pour dormir ?

-Combien de kilos de poissons mangent-ils par jour ?

-Où la femelle met-elle bas son jeune ?

-Est-ce les mêmes qu'on voit en baie d'Authie ? ...

 

Il serait trop long de développer toutes ces questions et leurs réponses dans ce bref compte-rendu mais on en retiendra surtout la signification : l'intérêt, tant des adultes que des enfants, pour ces animaux sauvages ne se dément pas. Il est réjouissant pour une association de protection de la nature comme le GDEAM de voir la faune sauvage susciter autant d'intérêt. Il est vrai que rien ne vaut l'observation directe et l'information à la source, loin des parti-pris catégoriels qui alimentent la presse locale, pour comprendre la vie animale et certaines questions environnementales d'actualité.


 Le dérangement de la faune...

Observer la faune marine nous a aussi permis de manière évidente de percevoir la notion de dérangement. Ainsi, en deux heures de visite, en surplus de bateaux à moteur circulant parfois trop vite, aura-t-on vu plusieurs gros chiens en liberté affoler les oiseaux au reposoir du Pilori, le passage d'un gros avion tournoyant à très basse altitude au dessus de la baie, d'un hélicoptère de la sécurité civile survolant la plage... Par une belle journée d'été où la marée haute intervient en journée, il est permis de se demander si l'avifaune a vraiment la tranquillité attendue dans la Zone de Protection Spéciale de Baie de Canche (ZPS), espace protégé pour les oiseaux. Le banc du Pilori, reposoir d'oiseaux important, mériterait sans doute une signalétique dès le parking de la base nautique afin d'attirer l'attention des visiteurs qui ne connaissent probablement pas, pour leur grande majorité, les enjeux écologiques qui s'y attachent.

 

Pour revenir plus directement au thème de la sortie du jour, la sortie s'achève sous la contrainte de la marée haute. Le banc du Pilori n'est plus qu'une modeste pointe de sable en saillie dans la mer. Tandis que nous nous éloignons vers le point de départ, une autre enfant commente les "veaux de la mer", expression imagée qui n'a rien à envier à l'officielle ("veau marin"). Chacun repart avec des images de vie animale mystérieuse plein la tête.


Marc, un participant.