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Les têtards près de chez moi (Animations-Sorties)

Les saules têtards de la rue du Marais


Ecuires samedi 4 avril 2015

Merci à R Dambron, Y Gambier et JM Monet pour leur contribution.

Plus de 150 saules têtards sont alignés sur les berges du ruisseau qui coule du sud vers le nord dans l'axe de la rue du marais, ruisseau qualifié de "fossé à l'eau".


Une plantation de saules taillés en têtards plus que centenaire...

Etat antérieur à 1909, vue hivernale. Collection G. Orhant.
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Les cartes postales anciennes du début du XXème siècle montrent un ruisseau déjà dans l'axe de la rue du marais et bordé sur les deux berges par des saules têtards qui peuvent avoir une vingtaine d'années. Plus vers l'extérieur se situe un double alignement de jeunes peupliers .
En revanche la carte d'état major (source géoportail) de 1860 montre un ruisseau au cours non rectiligne et qui n'est pas dans l'axe, à égale distance des deux rangées de maison, comme c'est le cas depuis une bonne centaine d'années.
Le ruisseau a été reprofilé et c'est à cette occasion que la plantation initiale de saules a été réalisée, une vingtaine d'années avant les prises de vues des cartes postales..
Etat antérieur à 1912, vue à la belle saison, dominée par les peupliers. Collection G. Orhant.
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Des saules aux têtes imposantes...

Dans les années 60, les peupliers qui menacent les habitations sont abattus. A la fin des années 70, les têtards de la rive droite sont à leur tour abattus, sauf au nord de la rue du marais où l'on trouve de magnifiques têtards en rive droite dont certains datent vraisemblablement de la plantation liée au reprofilage du ruisseau.

Nord  du ruisseau : vue vers l'amont avec le double alignement de têtards
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La taille en têtard pratiquée tous les 5 à 8 ans peut être considérée comme un recépage réalisé non pas au niveau du sol mais nettement au dessus, de telle sorte que l’arbre têtard peut être assimilé à un taillis surélevé, porté par le tronc.
L'avantage de cette pratique par rapport à un recépage fait au niveau du sol est que les repousses sont à un niveau tel qu'elles échappent à l'appétit des animaux, du bétail en particulier. Les têtards se distinguent par la formation, au fil des tailles, de ce que l'on appelle une couronne aussi appelée" tête".

Nord  du ruisseau : vue vers l'aval avec le double alignement de têtards
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Cavités et terreau des têtards...

Le recépage réalisé laisse des plaies qui, sans qu’il soit nécessaire d’appliquer un produit cicatrisant, seront recouvertes naturellement par un bourrelet de cicatrisation. 

Toutefois les plaies les plus importantes, quand le diamètre des branches coupées  dépasse 10 cm ne sont pas toujours totalement recouvertes par ce bourrelet et l'aubier se dégrade alors progressivement. Cette dégradation va former des cavités qui recueillent le terreau issu de la décomposition du bois et des feuilles. Des Fougères, des plantes à fleurs peuvent y prospérer, à la faveur de graines apportées par le vent ou les oiseaux : une végétation d'épiphytes se développe.

Une épiphyte émergeant d'une cavité la Ruine de Rome.
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La partie centrale de l'arbre étant du bois mort, sa dégradation n'affecte pas la santé de l'arbre dont les sèves circulent en périphérie du tronc. En revanche, ce bois qui est mort a un rôle mécanique non négligeable et si l'arbre est creux, il est d'autant plus important de ne pas laisser se développer de trop grosses branches qui pourraient, par effet de levier, ouvrir en deux le tronc qui les supporte.

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Terreau et racines d'épiphytes dans une vaste cavité.
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Le terreau, le bois, les racines hébergent des populations d'insectes qui consomment le bois vivant ou en décomposition ou qui sont dépendantes du bois en décomposition pour vivre au moins une partie de leur cycle de vie : on appelle insectes saproxyliques l'ensemble de ces catégories. Certaines de ces espèces sont règlementées, protégées au niveau français, au niveau Communautaire voire au niveau international. 
A la recherche des insectes.
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Les processus de dégradation du bois dans les cavités des arbres procurent des milieux de vie indispensables à de très nombreux invertébrés dont l’activité participe au recyclage de la matière organique : insectes, mille pattes, crustacés comme les cloportes…, vers. Ces invertébrés entrent eux-mêmes dans la chaîne alimentaire en tant que proies d’autres espèces animales qui leur sont plus ou moins strictement associées. .
 Il faut aussi compter avec les espèces qui vont exploiter le milieu fourni par les cavités des arbres, par exemple pour y nicher ou s’y abriter pendant la phase d’hibernation.

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Quand les cavités atteignent une certaine importance, c'est toute une faune cavernicole qui investit les arbres : abeilles et frelons y installent parfois leurs essaims. Le crapaud commun et l’orvet (protection nationale et Convention de Berne) peuvent passer la mauvaise saison dans les cavités ou le terreau. La couleuvre à collier s’abrite volontiers au niveau des têtards.
Parmi les Mammifères : lérots, fouines, belettes, hérissons et chauves-souris peuvent y trouver refuge..
Les Oiseaux sont nombreux à nicher dans les cavités : les mésanges cavernicoles, le pigeon colombin, la chouette chevêche.

Bref , les arbres têtards et les arbres creux en général sont à n'en pas douter un patrimoine à préserver !